Interview des Goulamas'K par Ged !

2014 a sonné la sortie du nouvel album de GOULAMAS’K, Ràbia e poësia, et nous avons saisi l’occasion d’aller poser quelques questions à Fred, leader historique du groupe, au sujet de cet album qui a la particularité de présenter les classiques du groupe mais aussi une grosse partie de morceaux inédits en version live. Comment l’idée de faire un tel album est-elle née ?


Fred: On avait déjà fait l’expérience avec Fai petar ! (2007) et je poussais depuis un moment à ce que l’on fasse un live car GOULAMAS’K est avant tout un groupe de scène. On avait donc pour projet d’enregistrer tous les concerts de l’été pour ce faire. On pensait aussi qu’on allait économiser mais en fait non parce que c’est quand même un sacré bordel, chaque scène a un son différent, on ne fait pas non plus toujours le même concert nous-mêmes, donc Fredosz (Elastic Studio) a pas mal galéré pour mettre tout ça en place. Le but était quand même de mettre l’énergie de GK sur scène entre les mains et les oreilles de ceux qui achètent les disques (N.D.G.: et même ceux qui téléchargent puisque l’album est disponible sur les plateformes habituelles de téléchargement légal en plus du catalogue physique de Adreit / Brennus Music).


Il semble que les messages soient toujours aussi forts que sur les albums précédents, quels thèmes abordes-tu sur les inédits au menu de Ràbia e poësia ? 


F: Figure-toi que quand on a commencé à monter les nouveaux morceaux, les musiciens m’ont demandé si je ne voulais pas faire pour une fois un morceau qui ne parle pas de politique, j’ai vu qu’ils avaient besoin de s’aérer un peu et ne pas faire que de la lutte donc je me suis essayé à faire une chanson d’amour, qui finit mal à la fin, normal (rires). J’ai trouvé pas mal de travailler ça, ça a mis une autre couleur. J’ai aussi écrit sur la drogue, sur les frangins qui sont tombés, je suis allé un peu ailleurs, pour ne pas toujours dire les mêmes choses. En même temps il suffit de regarder l’information chaque jour et tu as de quoi écrire cent mille textes qui sont les mêmes au fond mais pas sur les mêmes gens ni les mêmes lieux. Et c’est fait pour durer encore quelque éternité...


Ce live implique-t-il que les morceaux ont été écrits sur la route ?


F: Non, en fait on ne compose pas sur la route parce qu’on passe plus de temps à dormir dans le fourgon qu’autre chose because y en a qui bringuent un peu quand même. Le seul moment où tu peux parler, c’est à l’aller (rires), au retour c’est pas la peine. Ce coup-ci, beaucoup de musique a été amenée par les musiciens. D’habitude j’arrivais avec une histoire, une ritournelle et mon chant, là j’ai demandé à ce que les musiciens le fasse également de leur côté, pour qu’on n’entende pas par exemple le GOULAMAS’K du Kri des cigales ou de Gardarem, faut que ça tourne, que ça évolue. Donc on est tous arrivés avec des compos et c’est le groupe entier qui a fait les arrangements. Après on a fait tourner aux copains pour avoir leurs réactions.


J’allais y venir, quels sont les retours que vous avez eus quand vous avez fait passer le nouveau son ? 


F: Pour le moment c’est bon, ça se voit particulièrement en concert, d’ailleurs on est venu nous remercier d’avoir fait de nouveaux morceaux parce qu’en venant à tous les concerts, certains arrivaient un peu à saturation du set, on va d’ailleurs se mettre à travailler sur un nouveau répertoire. Sinon on nous a aussi dit "je l’ai téléchargé, mais après ce concert je viens vous l’acheter !"


C’est un bon signe à une époque où l’on prétend, à tort, que le disque ne se vend plus.


F: Tu sais, nous, on vivote avec les CDs, on ne fait pas les ventes des grands, mais le stand nous sert beaucoup à parler avec les gens à la fin des concerts, on s’aperçoit qu’on commence à vraiment jouer partout, parfois loin de la grande Occitanie, les gens ont moins peur de nous, de la langue, de notre démarche…


Vous êtes même allés jusqu’en Bretagne !


F: Oui, et ailleurs, par exemple en Champagne, quand tu joues à Château-Thierry, tu te dis que quand tu vas jouer le Se canto ou un autre truc en occitan, ils vont te regarder avec des yeux pas possibles… Hé ben non, on a joué chez eux en septembre et ils nous font revenir en janvier pour la fête de leur asso, c’est pas rien. 


C’est marrant, à chaque sortie de disque y a un musicien qui s’en va, et du coup un autre qui arrive, comment avez-vous dégotté Gordon cette fois ?


F: On peut dire qu’il est de la famille de Flo (guitare), il est aussi écossais d’Edimbourg. Des fois, quand il y a changement de musicien c’est qu’il y a conflit, qu’il faut que l’on change d’air, ça ne sert à rien de rester si tu n’apportes rien, ce n’est pas parce que tu es là depuis deux ou trois ans que tout est arrivé, dans un groupe comme GOULAMAS’K il faut toujours avancer, avoir des idées, du courage, des tripes. Gordon est complètement motivé, il jouait du sax, il s’est mis à la graille et au bouzouki et il est train de bosser comme un fou pour être à la hauteur.


Si GOULAMAS’K ne revient que fin janvier, la FANFARE DES GOULAMAS est elle toujours sur la route…


F: Oui, et on a aussi les LUTINS pour fin décembre à Narbonne, on a une rosalie, on monte dessus et on fait les cons, et en plus on est payés pour ça (rires).


Et en ce qui concerne les DIABLES  DE LA GARRIGUE ?


F: Pour le moment, c’est en stand-by, si on n’avait pas eu de changement de musiciens, on aurait déjà refait un truc. Donc on va d’abord finir de former Gordon et on verra plus tard. Et on ne fera plus trop le côté théâtre, financièrement ce n’était plus jouable, on se contentera du musical indus-punk-trad’ sur scène.


Un message pour les lecteurs du Petit Agenda ?


F: Faut se bouger les gars, faut aller aux concerts parce que plus ça va et plus les grands festivals font le plein avec des tarifs indécents et dans le même temps y a pas énormément de gens aux petits concerts…


Bonus:
Qu’est-ce qu’il faudrait pour que renaisse l’esprit des années 90 dans le coin avec l’entraide, la motivation et les bonnes vieilles affiches ?


F: De l’analyse que j’en ai faite, il me semble que les gens sont saturés des tous ces groupes et concerts de partout… Avant, on sortait parce qu’on en avait besoin, et pas forcément pour tel ou tel groupe, si le groupe nous mettait le feu, c’était tant mieux. Maintenant avec internet où tu peux passer des heures et des heures devant l’écran sans te faire chier, ça coupe un peu cette envie de sortir. Après, le pognon, les gens le trouvent même s’ils ne roulent pas sur l’or, quand il s’agit d’aller voir des trucs chers comme on le disait, pareil pour le chichon ou se bourrer la gueule. Après, tu peux aussi voir un groupe comme GOULAMAS’K très souvent gratos l’été. Et puis bon pour les 20 ans de Patatr’oc avec BOB et STEVO’S TEEN, on avait plus de 1500 personnes quand même… Y a aussi tous ceux qui ont limité leurs concerts à un style mais aussi les jalousies etc. On pourrait en parler des heures !


Aucun problème pour GK de jouer à Béziers depuis le début de l’ère Ménard qui ouvre sa féria avec une messe et fait vibrer la vieille France ?


F: On a joué comme prévu à la Féria, je suis même monté seul sur scène avec la guitare pour rappeler que GK était un groupe antifasciste. On verra bien pour la suite. Je n’ai pas de mal à aller jouer dans une ville Front National, juste avec nos textes on n’a pas besoin de faire de grands discours, il ne faut pas leur laisser la place, sans pour autant rentrer dans leur jeu, faut être là, faut être ferme et s’ils lâchent les chiens, on mordra plus fort qu’eux.
Plein de dates à venir en 2015: Aragon, Bretagne, Provence, Ariège… Rendez-vous sur le site http://www.goulamas-k.com/ 

Par Ged - http://www.church-ov-ze-dead.com/
 

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D’où vient l’envie d’écrire on ne sait pas, mais celui qui la ressent est dans l’obligation de remplir page après page comme pour se libérer d’une démangeaison intérieure douloureuse. Après plusieurs dizaines de fanzines et des années de participation à de glorieuses revues underground comme Rock...
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